Le français régional de Thionville

Le parler lorrain actuel est une forme de Français régional dont les tournures sont influencées par les langues régionales dont il est issu.

Le français régional de Thionville

Messagede Munnower » 01 Février 2010, 21:05

Si la langue traditionnelle de Thionville et des villages avoisinants est une variante très proche du luxembourgeois parlé au Grand-Duché, la capitulation de Thionville en 1643 et son annexion à la France en 1659 par le Traité des Pyrénées, allaient y amener progressivement le français, d’autant plus qu’au cours du XVIIIème siècle des notables français (juristes, officiers, magistrats) viennent s’y installer.

La Révolution et l’Empire accélérèrent cet état de fait. Dès le début du XIXème siècle, les bourgeois de Thionville sont francophones, ce qui ne veut pas dire que le luxembourgeois a disparu. En 1828, Teyssier, Dans son « Histoire de Thionville » nous dit : « Le peuple thionvillois est laborieux, calme. Il entend le français mais il aime à parler l’idiome exclusif des villages environnants, patois allemand tout à fait inintelligible pour celui qui ne sait que la langue de Goethe ». En ce début de XIXème siècle, les thionvillois sont donc bilingues.

Mais ce bilinguisme ne signifie pas que les thionvillois parlent le français académique de Paris., d’autant plus qu’à l’époque, la scolarisation ne concerne que les fils de notables. C’est ainsi que naît le français de Thionville, un curieux idiome, mélange de lorrain roman, particulièrement celui de la Fensch, le plus proche, de français populaire et de luxembourgeois. Après la guerre de 1870, des mots venant de l’allemand viendront à leur tour l’enrichir.

Dans les années 1860, un érudit local, Charles Abel (1824 – 1895), issu d’une famille bourgeoise de Thionville et qui exerça la profession d’avocat, s’intéressa à ce français pittoresque et publia des articles à ce sujet dans le journal local de l’époque : « La Sentinelle de Thionville ».

Il écrit notamment le 5 mai 1862 : « La langue française est bizarrement maltraitée dans son intonation, la prononciation de l’a, de l’e et de l’i se rendent pas o, è, é, et par le mélange de bon nombre de mots qui provienntn des peuples voisins, d’origine anglo-saxonnes (sic !), messines, tréviroises, luxembourgeoises et autres ».

Un lecteur lui répondit par une lettre datée du 5 avril 1862, justement écrite dans ce français régional. J’en ai remanié l’écriture pour mieux faire ressortir la prononciation.

Règles d’écriture du français régional de Thionville (élaboration personnelle).

- Dans ses grandes lignes, c’est la graphie utilisée par Zéliqzon pour son dictionnaire des patois romans de la Moselle.
- Les voyelles longues sont marquées par un accent circonflexe sur celles-ci.
- au se lit o long.
- Le é fermé et long est transcrit « éé » pour ne pas le confondre avec un é fermé et bref.
- L’allongement des voyelles nasales est notée : ân pour un an long, în pour un in long.
- La voyelle nasale on n’existe pas à Thionville, tout comme en lorrain roman de la Fensch. Elle se prononce comme an.
- L’assourdissement des consonne en finale de mot est toujours noté.

La Lettre :

Meussieur le rédacteûr,

Ch’é lu avèc le pus grand pléésir vote artique sus lés chnoudeuls ét lés grate-culs. Pandant cète lécture, ch’é vu défiler lés pus bèles-z-années d’ma vîe, cèles ou nous-z-ûsians nos souyés sus le pavé et nos culotes sus lés palissâtes des fortificâcians ét dans lés coulines. Cambyin d’fwas somes-nous revnus, au dîre de nos parants, féts come dés voleurs ? Lés myins m’ant mis quèqufwas au pin sèc, pace qu’an chouant a la cachète dans lés guérites, ch’avés marché sus lés fakcionééres.

An c’tams-la, che n’pansés pas qu’ce souvnir pourét in jour trouver place dans in chournal, come c’est l’cas, grâce a in d’nos campatriotes, qui a byin voulu deçante dés rééjians littérééres ou nous le suîvians avec orgueuy pour tânter de corijer nos fautes de langâche.

Che n’swis pas un mâle sicelin, tant s’an faut et ma parole mânque d’autorité. Més anfin, che n’swis pas tout a fét nachkwak ét si che n’avés pas été malââte dans le momant, come che l’swis a l’eure qu’il est, j’aurés deçandu lés vingte marches de man-n-éscayer pour aller vous vwar, an passant par vote colidor, afin de vous témwagner ma satisfââkcian.

Ch’é ésséyé cepandant de me sèrvir de més guiboles afééblies, ét che n’é mééme pas atindu la clanche de ma porte. C’est l’éfét dés trwas sméénes de bouyan mééke. Figuréz-vous que, dernièrmant, ch’avés avalé in griven, une seule, et ch’é u touteswite mal la tééte, oh, in mal de chyin. Ét tenéz, ryin que d’awar grabouyé cés quèque lignes, au risque de passer pour in zoudeulbox, vwala que ch’devyins tournisse. Si je sortés, ce srét byin pis, més rumatisses revyindréent byin vite et pour sûr, che n’feré que chtroveler la nwit prochééne. C’est maleureus que d’ééte bââté come ça. Si ça cantinue, che seré byintot fét ét an me mènera au sémetier.

Ce qui me fét mal le keûr dans ma pénîpe situââcian, c’st de war vis-z-a-vis de chéz mwa, dés jans qui se gâfent de noudeuls et de fromââche.

Sur ce, che saupoûte ma lètre de cartièsse, été che vous prie d’agréer, més sincères salutââcians.

Vote dévoué…
An fonne come an pieune, an n'fonne meu come an vieune.
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Re: Le français régional de Thionville

Messagede boserey » 02 Février 2010, 13:51

Beau travail Munnower
J'ai cru réentendre les vieux Thionvillois de ma jeunesse!.... et ma mère, qui bien que "transplantée" de la région messine, mangeait aussi du fromââche et me pressait de manger pour que je ne devienne pas mêg com' un' hharète !
Suis surprise que ce monsieur réponde à un article sur la chnoudeul....Chez nous ça se disait pour la morve qui coulait du nez des enrhumés....mais pourquoi pas, après tout.
Cela me rappelle les exercices de prononciation que les chèr'soeurs nous donnaient chaque matin:
OU...UI madame, il est hUUit heures.....
Mets ton manteau brUN et va chercher un brIN de muguet...
Merci et bonne journée
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Re: Le français régional de Thionville

Messagede Ludo » 02 Février 2010, 23:23

Excellent :!:

Il existe un proverbe lorrain au sujet des gratte-culs: "Même les plus belles roses terminent en gratte-culs". :lol: Impitoyable!
J'imagine que l'auteur fait référence à la confiture de gratte-cul (cynorrhodon). S'agit-il d'une spécialité locale ?
Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine.
Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue.

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Re: Le français régional de Thionville

Messagede boserey » 03 Février 2010, 00:01

:lol: :lol: :lol: ce forum serait-il misogyne ?...c'est pourtant la cruelle vérité, si les roses ne vivent que ce que vivent les roses, l'espace d'un matin...elles deviennent sans aucun doute des gratte-culs ...on peut s'en consoler en dégustant cette délicieuse confiotte, qui à ma connaissance n'est pas une spécialité lorraine, il y a des roses partout et des gourmets aussi....
Mais c'est vrai que "cynorrhodon" c'est plus chic, nêm' don ? ;)
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Re: Le français régional de Thionville

Messagede Ludo » 03 Février 2010, 13:11

boserey a écrit:Mais c'est vrai que "cynorrhodon" c'est plus chic, nêm' don ? ;)

Pour du sûr!
Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine.
Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue.

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